Jean-Yves Le Drian en Libye pour pousser à la tenue d'élections

Jean-Yves Le Drian en Libye pour pousser à la tenue d'élections

#CriseLibyenne

Le ministre français des Affaires étrangères s'est rendu ce lundi en Libye pour tenter de faire avancer la mise en œuvre de l'accord de Paris

L'envoyé spécial des Nations unies pour la Libye Ghassan Salamé et Jean-Yves Le Drian à La Celle-Saint-Cloud en juillet 2017 (AFP)
23 juillet 2018
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Monday 23 July 2018 10:16 UTC
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23 juillet 2018

Presque deux mois après la conférence internationale sur la Libye qui s’est tenue à Paris et qui a rassemblé les principaux dirigeants politiques libyens, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian s'est rendu ce lundi en Libye pour pousser à la mise en œuvre de l'accord de Paris, qui prévoit des élections en décembre dans ce pays en proie au chaos.

Il a rencontré Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement d'union nationale (GNA), seul exécutif reconnu par la communauté internationale, en début de matinée à Tripoli, avant une série d'entretiens avec différents acteurs politiques.

Il faut « faire aboutir le processus qui a été validé lors de la réunion de Paris » le 29 mai sous l'impulsion du président français Emmanuel Macron, a martelé Jean-Yves Le Drian dimanche soir à Tunis.

À l’issue de cette réunion, une déclaration en dix points, décrite comme un accord décisif, avait été signée par Fayez al-Sarraj et le maréchal Haftar, homme fort de l'Est, comprenant notamment un cessez-le-feu et la tenue d’élections législatives et présidentielle le 10 décembre pour tenter de sortir leur pays de l'ornière.

« Rétrospectivement, cette rencontre n'a pas produit de résultats tangibles sur le terrain et a plutôt été perçue comme un succès diplomatique pour le nouveau président français que comme une avancée dans le conflit libyen »

- Guma El-Gamaty, universitaire et homme politique libyen

« Rétrospectivement, cette rencontre, à laquelle avait aussi assisté Ghassan Salamé, l'envoyé spécial des Nations unies en Libye nouvellement nommé, n'a pas produit de résultats tangibles sur le terrain et a plutôt été perçue comme un succès diplomatique pour le nouveau président français que comme une avancée dans le conflit libyen », a commenté Guma El-Gamaty, universitaire et homme politique libyen à Middle East Eye.

Sept ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye reste à la dérive, avec deux autorités politiques rivales, le GNA à Tripoli et une basée dans l'Est soutenue par le maréchal Khalifa Haftar. L'économie du pays est chancelante malgré de grandes richesses pétrolières.

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Jean-Yves Le Drian veut maintenir la pression pour des élections en décembre. « Il faut continuer à pousser avec ceux qui sont déjà dans le processus (de Paris), l'élargir à d'autres », a-t-on expliqué dans l'entourage du ministre.

Avec un première exigence, trouver un compromis sur une « base constitutionnelle » et une loi électorale d'ici au 16 septembre, alors qu'acteurs politiques et milices continuent à se disputer le contrôle du pays.

Un calendrier « trop ambitieux »

Nombre d'observateurs jugent le calendrier trop ambitieux au vu des rivalités sur le terrain et préconisent de stabiliser en premier lieu l'économie. De nombreuses parties libyennes, importantes et influentes, insistent également sur le fait que les élections ne devraient avoir lieu qu'après l'adoption d'une nouvelle Constitution permanente par voie de référendum.

Une campagne populaire sur les réseaux sociaux, diffusée en Libye avec le slogan « Une Constitution d’abord », a récemment pris de l’ampleur : celle-ci exige qu’aucune élection n’ait lieu avant l’approbation d’une nouvelle Constitution. Certains soutiennent que l’on ne peut élaborer une Constitution dans un pays profondément polarisé et sans environnement sécuritaire stable.

En l’espace de deux ans (2012-2014), quatre élections ont été organisées, dont celle de deux parlements consécutifs, ainsi que l’élection des conseils municipaux locaux et d’un organe de rédaction de la Constitution, composé de 60 membres

Ce n’est que récemment que les Libyens ont connu un premier scrutin, les élections n’ayant jamais été autorisées sous Kadhafi. En l’espace de deux ans (2012-2014), quatre élections ont été organisées, dont celle de deux parlements consécutifs, ainsi que l’élection des conseils municipaux locaux et d’un organe de rédaction de la Constitution, composé de 60 membres.

Le plus fort taux de participation électorale, qui a rassemblé près de trois millions de personnes, a été enregistré lors des premières élections, tenues après la révolution de 2011, afin d’élire un parlement en juillet 2012, au cours desquelles presque tous les électeurs éligibles se sont inscrits pour voter.



Le président tunisien Béji Caïd Essebsi reçoit le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, le dimanche 22 juillet au Palais de Carthage (AFP)

Dimanche, Jean-Yves Le Drian se trouvait en Tunisie où il a rencontré Béji Caïd Essebsi. « Nous avons échangé ensemble sur la situation sécuritaire et politique en Libye (et sur la nécessité) de faire aboutir le processus qui a été validé lors de la réunion de Paris », a-t-il déclaré à l'issue d'un entretien avec le président tunisien.

Mais la situation reste compliquée dans les faits, les nombreuses forces politiques et milices continuant à se disputer le contrôle de ce pays pétrolier et changeant parfois leurs alliances.

Mi-juin, l'armée nationale libyenne (ANL), autoproclamée et dirigée Khalifa Haftar, a annoncé dimanche une « grande offensive » pour chasser la Brigade de défense de Benghazi (BDB), commandée par Ibrahim Jedran des sites pétroliers dans le nord-est du pays. Ce bras de fer autour du contrôle des terminaux pétroliers qui a conduit à un arrêt temporaire des exportations et à des pertes de près d'un milliard de dollars pour l'État libyen.